Mondialisation et gouvernance mondiale

Dans le cadre de mon activité professionnelle, j’assiste à des conférences pouvant porter sur des thèmes d’actualité. Celle que je rapporte ici nous a été présentée par Henri Sterdyniak, directeur du département de la mondialisation de l’OFCE (observatoire français des conjonctures économiques), professeur associé à l’université de Paris Dauphine.


Comme je l’ai indiqué dans mes comptes-rendus précédents, les propos que je rapporte ici sont ceux que j’ai entendus, pour lesquels je ne prends aucune position ;-)

En introduction

Après avoir joué un rôle primordial en raison de sa politique coloniale, la France éprouve des difficultés à se faire entendre bien que la francophonie concerne 50 pays dans le monde. La France a longtemps incarné une 3ème voie parlant d’économie sociale de marché. Or la France n’a plus les moyens de ses ambitions.
Elle fait jouer un grand rôle à l’intervention publique et est mal à l’aise dans le processus de marché, qui s’effectue selon le modèle anglo-saxon. L’Europe risque d’étouffer la France.
Pourtant, les entreprises françaises participent à la mondialisation et se situent au 5ème rang, mais malgré tout la France se sent menacée. Elle n’organise pas la mondialisation vers les pays à bas salaires.
La France a eu le choix, soit celui de la politique de l’Europe et de la mondialisation, soit se replier sur elle-même, notamment en 1982 et 1992. Les choix qui ont été faits sont ceux des patrons, des entreprises. Les Français, eux par contre, font état de leurs craintes, les couches populaires souhaiteraient une Europe plus sociale, alors qu’aucun autre pays ne va dans ce sens.
C’est en France que se sont développés les mouvements anti mondialisation (comme ATTAC – association pour la taxation des transactions financières pour l’aide aux citoyennes et citoyens – ou contre la directive Bolkestein).
La France a toujours essayé de promouvoir une gouvernance mondiale, une mondialisation régulée. La mondialisation peut-elle être régulée ou suit-elle forcément le modèle anglo-saxon ?

La mondialisation contemporaine

La mondialisation, c’est le capitalisme actuel, les grandes entreprises organisent leur production à l’échelle mondiale, et choisissent les pays dans lesquels les biens vont être fabriqués, prenant en compte le coût du transport. De même, les opérateurs financiers peuvent raisonner à l’échelle mondiale. Tous les pays du monde, tous les salariés du monde sont en compétition. Chacun essaie donc d’assurer les coûts les plus bas pour attirer les entreprises et maintenir la cohésion sociale.

La division internationale du travail

La division internationale du travail a eu comme conséquence l’émergence rapide des pays pauvres :

  • les 4 dragons : Corée du sud, Hong-Kong, Singapour, Taïwan,
  • l’Île Maurice,
  • les tigres : Malaisie, Indonésie, Philippines, Thaïlande,
  • le VietNam,
  • la Chine et l’Inde.

Ces pays d’Asie ont réalisé une croissance de 8 % l’an depuis 1990. Ils produisent pour l’exportation, et les gains peuvent être utilisés pour importer de nouvelles machines et produire encore plus.
Auparavant, les pays en développement souhaitaient en préalable développer des industries de base pour devenir autonomes, mais il était difficile d’aller de l’avant à partir de ces industries de base. Actuellement, ils essaient de produire ce qui se vend le mieux à l’échelle mondiale et non pas ce dont ils ont besoin. C’est ainsi que le VietNam est devenu le premier exportateur de café.
Ces pays représentent un modèle. Ils s’insèrent plus facilement dans l’économie mondiale tout en faisant des efforts de lutte pour l’éducation, contre la corruption,… efforts qui sont récompensés. Ces pays qui réussissent apportent une main d’œuvre énorme et disponible.

La mondialisation vue du côté des multinationales

La réorganisation contribue à une concentration sur le coeur de métier : les entreprises des pays développés emploient des travailleurs peu nombreux et très qualifiés pour les tâches de conception et de marketing et externalisent tout ce qu’elles peuvent. Elles transportent dans les pays à bas salaires la sous-traitance et les filiales.
C’est par exemple ce qu’a fait l’entreprise Nike, le marketing et la conception sont effectués aux Etats-Unis, la production dans les pays à bas salaires, et les filiales de distribution sont créées dans les pays où sont vendus les produits.
Les firmes multinationales choisissent les pays où elles peuvent le mieux se développer, et donc pas ceux où les salariés ont obtenu des acquis. Le capital est l’autre gagnant.

Les pays du Nord

Les pays émergents importent des biens d’équipement qui intègrent du capital ou du travail qualifié et produisent des biens qui nécessitent peu de technologie. C’est l’échange « casseroles contre Airbus« . L’emploi qualifié se réduit donc dans les pays développés, dont la population gagne en pouvoir d’achat : on achète moins cher les produits fabriqués dans les pays émergents.

La baisse du nombre d’emplois dans les pays du Nord était déjà due à la mécanisation à laquelle s’ajoute le travail effectué dans les pays émergents. Les pays du Nord ont alors le choix entre laisser les inégalités se creuser avec une baisse massive des salaires comme dans les pays anglo-saxons, ou maintenir des travailleurs non qualifiés avec comme corollaire une hausse du chômage comme en Europe.

Les pays du Nord doivent affronter deux contradictions :
La fabrication dans les pays du Sud génèrant des profits, pourquoi le distributeur, au lieu d’acheter à un producteur qui fait produire en Asie, ne produirait-il pas lui-même en Asie ?
Le sous-traitant dans les pays émergents dispose de marchés immenses : les entreprises de ces pays qui maîtrisent la technologie prennent le marché, et donc une part de plus en plus grande des profits.

Est-ce un jeu gagnant ?

Les pays du Sud font des efforts en matière d’éducation,… acceptent des bas salaires, réalisent une accumulation primitive du capital puis le niveau de vie s’élève, comme par exemple la Corée du Sud qui a un niveau de vie équivalent à celui des pays du sud de l’Europe.
Au Nord, les produits fabriqués au Sud qui incorporent beaucoup de travail non qualifié prennent l’emploi des non qualifiés, qui sont eux les grands perdants. Ce sont les travailleurs qualifiés qui « paient » les indemnités chômage des travailleurs non qualifiés. Ce que les pays du Nord gagnent en faisant travailler les pays émergents, ils le paient en indemnités.

On subventionne le travail non qualifié de façon que les travailleurs qualifiés puissent continuer à travailler. Les « gagnants » de la mondialisation sont les travailleurs qualifiés.
Avec la mondialisation, les solidarités ont tendance à se briser, elle casse la solidarité sur laquelle était basé le pacte social, la société traditionnelle se déstructure. Les riches ont eux la possibilité de s’expatrier.
Il devient de plus en plus difficile de prélever sur les entreprises pour assurer ce dont on a besoin pour les perdants. La France est en difficulté car elle prélève trop sur les entreprises. Les cadres supérieurs en France paient les cotisations sur l’ensemble de leur salaire, alors qu’en Allemagne et en Angleterre par exemple, les cotisations sont plafonnées.

La globalisation financière

L’ambition affichée des fonds de pension est d’assurer une rentabilité à long terme de 15 %.

Les hedges funds sont des fonds de spéculation qui cherchent une rentablité maximale en prenant des risques considérables. Ils interviennent au niveau de la gestion des entreprises pour assurer une rentabilité élevée. Ces dernières doivent répondre à ces critères sous peine d’être rachetées.

Il existe donc une contradiction entre les actionnaires et les nations qui veulent conserver leurs emplois. La rentabiltié est obtenue artificiellement dans des bulles comme actuellement dans l’immobilier. La bourse s’effondre quand le rapport devient de plus en plus grand entre la valeur réelle et celle créée artificiellement.

La globalisation financière est un atout pour le développement de certains pays et en même temps un risque d’instabilité ; grâce à elle et à la globalisation de la production, on assiste à un dynamisme fabuleux et à de nombreuses restructurations. En face, les états ont de nombreux besoins et d’immenses difficultés pour obtenir les fonds nécessaires.

Le point de vue spécifique de la France

La France a essayé de développer des instruments de gouvernance mondiale et propose :

  • de créer un conseil économique et social (CES) permanent comprenant les représentants des pays développés, des zones géopolitiques, qui organiseraient la coopération entre les nations,
  • de créer une agence de l’environnement,
  • de gérer les conflits entre les organisations que sont l’organisation mondiale du commerce (OMC), le bureau international du travail (BIT), la banque mondiale, l’organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

Se retrouvent face à face d’un côté la France et certains pays, de l’autre, les Etats-Unis avec les forces du privé, les grandes entreprises, les institutions financières.
Se pose la question de la gestion de ces organismes ? une voix par pays ? en fonction de la population ? du PIB ?
Cependant, la France promeut ces grands organismes mais en même temps ne veut pas se voir dicter sa conduite, comme par exemple avec le traité de Maastricht qu’elle a signé tout en ne respectant pas les critères de convergence, ou bien la France refuse d’importer du bœuf aux hormones alors qu’il n’est pas prouvé qu’il est dangereux.
Il n’existe pas d’organisation mondiale de l’environnement. Or il s’agit bien d’une question mondiale, comment la gère-t-on ?

Le point de vue du Nord est que chacun doit faire un effort en fonction de sa consommation d’énergie ; celui du Sud est que chacun a droit à sa consommation, ces pays consomment moins que le Nord, c’est aux pays du Nord de faire l’effort.
Ce qui supposerait que les Etats-Unis et l’Europe renoncent à leur mode de vie !
Il y a divergence entre les Etats-Unis et l’Europe : l’Europe pense qu’il faut réaliser des efforts, les Etats-Unis estiment qu’on peut continuer à consommer, les progrès techniques permettront de trouver une solution.

L’OMC veut supprimer les barrières pour favoriser les échanges. La France est favorable à l’OMC mais est contre cette stratégie dans certains secteurs ; elle veut conserver l’agriculture et certains secteurs culturels. Notre attitude affaiblit notre position.
Il n’existe pas de position européenne, les différents secteurs industriels n’ont pas la même position. Les secteurs financiers et industriels français aimeraient que la France ait une autre position pour favoriser les exportations.
La France est favorable à la taxe Tobin qui serait prélevée sur les opérations de change afin d’éviter les fluctuations entre les monnaies, favoriser le développement. Elle souhaiterait une taxation mondiale sur les avions, le kérosène, les ventes d’armements, les firmes multinationales, mais nous n’avons pas le rapport de force pour les faire avancer. Une telle taxe qui toucherait certains secteurs économiques est, selon Henry Sterdyniak, de toute évidence indispensable, mais interroge-t-il, comment faire aboutir un impôt alors qu’il n’y a pas d’état mondial ?

En conclusion,

notre intervenant considère que la mondialisation est un phénomène que personne ne contrôle.
Selon lui, la France a le choix entre 3 stratégies :

  • soit on accepte le libéralisme et on ne dispose plus d’aucun choix,
  • soit on est alter mondialiste et on refuse la mondialisation,
  • soit on essaie une mondialisation régulée, en maintenant le modèle social-démocrate pour faire payer les gagnants, et en mettant en place une gouvernance mondiale.

La révolution écologique appelle un effort de solidarité, les pays en voie de développement s’engageant dans la voie du développement propre avec 5 chantiers (cités par Jacques Chirac au sommet de Johannesbourg en 2002) :

  • lutte contre le changement climatique,
  • éradication de la pauvreté grâce à la fiscalité internationale,
  • maintien de la diversité culturelle et de la biodiversité,
  • changement des modes de production et de consommation,
  • gouvernance mondiale.


16 mai 2007


Ecrit par Lise - Site
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Un commentaire

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  1. Bon article. C’est bien parce que la mondialisation est un phénomène non contrôlable que c’est inquiétant.

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